L'inertie climatique

Le 31 juillet 2020

“Et si on arrêtait tout aujourd’hui, ça irait ?” Même pas !  Il y a le problème de l’inertie.

On a souvent le fantasme de se dire que si on arrêtait toutes les émissions de GES demain, le problème serait résolu. Or, ce serait formidable mais malheureusement… la Planète ne fonctionne pas comme ça. 

Le climat connaît une très forte inertie, c’est-à-dire un décalage temporel important entre les causes et conséquences constatées du dérèglement climatique. C’est d’ailleurs pour cela que les trajectoires proposées par le GIEC ne modélisent pas une baisse radicale des GES ou de la température - même dans les scénarios les plus ambitieux : ils ont déjà calculé et intégré ce phénomène d’inertie. 

Alors, comment s’explique cette inertie ? Par le temps de résidence et par l’inertie thermique de la Planète. 

Le temps de résidence, “on n’est pas mal là-haut”

Chaque GES se caractérise par un temps de résidence différent. Le CO2 par exemple, une fois qu’il a rejoint l’atmosphère, y reste pendant une centaine d’années. Et il augmente l’effet de serre pendant tout ce temps-là, même s’il n’y a plus aucune émission de GES supplémentaire en parallèle sur terre. Les conséquences d’une émission de GES s’étalent donc sur des durées extrêmement longues. 

Pour prendre une analogie, c’est comme si on faisait chauffer de l’eau (l’Océan) avec une flamme de plus en plus forte (car les GES augmentent). Stopper les GES, ce n’est pas stopper la flamme (les GES sont encore dans l’atmosphère pendant leur temps de résidence), c’est juste arrêter de faire grossir la flamme. L’eau reste donc sur le feu et continue de chauffer jusqu’à atteindre une certaine température, on parle de point d’équilibre.

L’inertie thermique, ou “pourquoi la piscine est toujours trop froide”

Les GES accélèrent l’effet de serre et donc le réchauffement de l’air, de l’eau, des sols et des glaciers. Or, chacun de ces éléments se « réchauffe » à une vitesse distincte : on parle « d’inertie thermique » différente.

Par exemple, on voit bien que lorsqu’un rayon de soleil pointe le bout de son nez, on ressent rapidement que l’air se réchauffe mais pour autant, la température de la piscine n’augmente pas instantanément et mettra plusieurs heures ou jours à se réchauffer. A l’inverse, au moindre nuage cachant le soleil, on frissonne mais la piscine, elle, ne baisse pas instantanément de 5 degrés ! C’est normal, et c’est la même chose à l’échelle de la Planète. Il est très long de chauffer les énormes volumes d’eau que représentent les mers et les océans (une casserole met un peu de temps à bouillir, on le sait bien !). 

Cette inertie a comme effet positif d’éviter un réchauffement trop rapide. Mais à l’inverse, c’est extrêmement dangereux car cela cache ce qu’il va se passer dans le futur. Les océans vont continuer à se réchauffer pendant longtemps même après la réduction des GES et surtout, ils mettront beaucoup de temps à refroidir, étant donnée cette inertie. Le décalage entre les causes (les émissions de GES) et les conséquences se compte donc en dizaines d’années !

Concrètement, de quel décalage parle-t-on ? 

Ainsi, en cumulant le temps de résidence et l’inertie thermique, l’inertie totale est colossale. Concrètement, cela veut dire que même en arrêtant toute émission demain, la Terre continuerait de se réchauffer à grande vitesse pendant les 20 prochaines années !

Pour le dire encore autrement, alors que le climat de 2020 nous inquiète déjà, les émissions actuelles de GES n’auront produit l’essentiel de leurs effets sur la température qu’autour de 2040. 

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